mardi 6 mai 2008

FERME VOSGIENNE

L'ASPECT GENERAL

La ferme vosgienne se présente comme un gros bâtiment dont la façade principale est percée de petites fenêtres qui mesurent environ 1,30 m de hauteur pour un peu plus d'un mètre de large.

Au centre se détache une petite bâtisse en demi-cercle, avec un toit conique : le four à pain.

L'arrière de la ferme est occupée par le grenier à foin et le hangar à bois, construits en bois. Ils ouvrent par une large porte appelée « bôtché » en patois.

Les murs sont en granit. Ils ont 50 cm d'épaisseur. Extérieurement leur partie supérieure est recouverte d'une ramée de bois. Des corbeaux en granit débordent de la façade de certaines fermes, de chaque côté des fenêtres. Ils servent de supports aux planches sur lesquelles on place les fromages pour les sécher à l'air.


Le toit est recouvert de tuiles rouges. Il porte une cheminée principale et quelquefois une autre plus petite.

LE GRENIER A FOIN

Le grenier à foin occupe l'arrière de la ferme mais aussi tout l'étage. Il peut contenir cinquante tonnes de foin, c'est-à-dire une provision de foin pour dix vaches. ( Une vache qui ne quitte jamais l'étable consomme annuellement cinq tonnes de fourrage. Si elle est lâchée pendant la belle saison, elle ne consomme que trois tonnes de foin).

Pour l'hiver il faut emmagasiner une grande quantité de bois.

L'HABITATION

La ferme contient aussi l'étable, le poulailler, la fontaine, le « batou » (réserve d'aliments pour les animaux), un atelier ou chambre de travail, la cuisine, le « poêle » et quelques chambres.

Le sol de la cuisine est fait de grosses dalles de pierre. Un plancher en bois recouvre le sol des chambres. Les autres pièces ont habituellement un sol cimenté .


Le schéma ci-dessus indique la disposition courante du rez-de-chaussée de la ferme.


La cuisine

C'est dans la cuisine que se trouve la cheminée centrale. Un grand feu de bois y brûle : on y pose des chaudrons et on y fumait autrefois la viande et le lard de cochon.

Cette cheminée est construite en granit avec un linteau d'une seule pièce. Le foyer est à peine surélevé et l'âtre est immense. Le conduit s 'élève tout droit en se rétrécissant jusqu'au toit. Souvent le vent s'y engouffre, provoquant de la fumée qui noircit les poutres et le plafond.

La cheminée communique par deux lunettes (ouvertures) avec la pièce voisine appelée « poêle »

Le poêle

Cette chambre est celle où la famille se tient le plus souvent en hiver. On l'appelle le « poêle » parce qu'un grand fourneau en pierre réfractaire y est installé. Ce fourneau ne possède aucune ouverture, mais il communique avec la cheminée par des lunettes qui y sont percées. Par ces ouvertures, le soir, on pousse, de la cuisine, les braises rougies dans le fourneau. Celui-ci emmagasine ainsi la chaleur et la dissipe lentement pendant toute la nuit. Au matin, le fourneau est encore chaud alors que la cheminée devient glacée aussitôt que le feu s'y éteint.

Aussi le poêle est la pièce la plus chaude de l'habitation. En hiver, on y mange et on y fait la veillée. Les vieux racontent des histoires; les jeunes jouent de l'accordéon, de la flûte ou de l'harmonica et dansent. Puis on se sépare après avoir mangé la chalande (prononcez tchalande) et bu le vin chaud.

Quelquefois, même, on dort dans le poêle. C'est aussi dans cette pièce que l'hiver se « faisaient » (se mûrissaient) autrefois les fromages, car il leur fallait de la chaleur.

Le four à pain

Le four à pain, dont la niche renfle la façade, communique avec la cuisine par une porte en fer. La maçonnerie semi-cylindrique est construite avec de petites briques réfractaires ou des pierres de grès taillées.

Jusqu'à la guerre de 1914-1918 la fermière fabriquait son pain avec un mélange de blé et de seigle. Le pétrin se trouvait alors dans le poêle. La fermière y travaillait la pâte le soir et la laissait lever toute la nuit. Après avoir rajouté parfois des myrtilles sèches à la pâte, elle façonnait de grosses boules qu'elle disposait dans des courbillons (paniers ronds en bois) et recouvrait d'un linge. L'action du levain se poursuivait tandis qu'elle chauffait le four avec des bûches de sapin bien sec. Le four était bientôt rempli de braises et les briques devenaient toutes rouges. Alors on sortait les braises et on vidait le four de ses cendres à l'aide d'un bâton enveloppé de chiffons mouillés; puis on enfournait vivement les boules de pâte au moyen d'une grande palette. Une demi-heure plus tard, la fermière retirait les miches croustillantes. Quelquefois, profitant de ce que le four était chaud, elle y enfournait de grandes tartes.

Le four pouvait contenir une dizaine de boules, c'est-à-dire la quantité de pain nécessaire pour une semaine.

La fontaine

C'est la pièce où arrive l'eau très claire de la source. Elle était amen ée jadis par des tuyaux en bois, creusés dans de longues bûches à l'aide d'une grande gouge appelée « losse ».

La fontaine servait aussi de buanderie et d'abreuvoir pour les animaux.

LA VIE A LA FERME AUTREFOIS

Autrefois, les paysans ne connaissaient ni l'électricité, ni l'eau courante, ni les véhicules à moteur. La vie était très dure dans Les Vosges, particulièrement en hiver lorsque la neige isolait les fermes.

On utilisait des objets bien particuliers à la région et à ses activités.

En voici quelques-uns : une schlitte, des skis, des raquettes, une hotte, des formes à fromage, un cuveau, des vans, une bougeotte, des jougs, des sabots, des « chnolles », des fers à choux-navets (appareil pour couper ces légumes en fines lamelles), des outils de sabotier, des « bétis » ...

La schlitte est une sorte de traîneau construit comme une luge. Elle servait à descendre le bois des montagnes, en glissant sur une voie faite d'une suite de troncs d'arbres. Placé entre les brancards, le conducteur freinait et dirigeait la schlitte en pesant sur les « cornes » (parties antérieures des patins, recourbées en arc).

Le bois entrait dans la fabrication de nombreux objets. Les sabots par exemple sont très utiles dans les prés humides et sur les chemins pierreux. Ils isolent de l'humidité et du froid et ils font de bons patins à glace, quand ils sont usés, l'hiver, pour les écoliers.

Beaucoup de fermes possédaient un établi de sabotier appelé « patience ».

La hotte en bois du paysan vosgien ne ressemble pas à une hotte de vendangeur. Elle a la forme et les dimensions d'une luge. Elle servait au bûcheron pour transporter des fagots, ses outils, ses provisions.

Par temps de neige, le paysan se déplaçait sur des skis rudimentaires aux semelles rugueuses et muni d'une sorte de chaussons de cuir. Il utilisait aussi des cerceilles raquettes en bois de frêne.

Les anciennes formes à fromage aussi étaient en bois. Le fromage s'égouttait par le fond du récipient percé de deux ou plusieurs trous. Elles donnaient leur forme aux fromages.

Le bois servait encore à fabriquer les roues et les moyeux des chariots, les cuveaux où l'on lavait le linge et la vaisselle, les jougs pour les animaux, les « chnolles » (entraves pour les veaux, les génisses et les vaches), les « bétis » ou coffins ( étuis portés à la ceinture, dans lesquels les faucheurs rangent leur pierre à aiguiser) ...

MOTS PATOIS DESIGNANT QUELQUES PARTIES DE LA FERME

Bérèt : grenier à bois

Rèku : la fontaine

Chtal : l'écurie

Tchatreu : le poulailler

Batou : chambre pour la provision de foin d'un jour

Botché : grande porte en bois de la grange

Solé : grenier à foin

Kratch : crèche des animaux

Rkvé : provision de foin pour un jour

Pour plus d'informations :

Le Patois des Vosges

Le besoin de confort a tué les fermes de nos arrières-grands- parents. Leurs enfants ont fui cet isolement.
Il est très difficile de nos jours, de trouver des fermes typiquement vosgiennes dans lesquelles, la vie d'aujourd'hui témoigne encore de celle du passé.
Il existe encore quelques anciens dans nos montagnes , qui, bientôt, laisseront leur héritage à certains riches étrangers qui balaieront rapidement les souvenirs de la vie d'autrefois.

La suite :

Visite d'une ferme vosgienne

LES VOSGES

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